« Pour une vie meilleure » de Gérald Bloncourt

J’ai pris parti : je ne suis pas un marchand de photographies, je suis un franc-tireur de l’image

Gérald Bloncourt

Visages au Portugal

J’ai parcouru ces régions où nacquirent les grands découvreurs du Monde, Henri le navigateur, Vasco de Gama… J’ai vu les sordides bidonvilles des bas-fonds de Lisbonne… J’ai suivi les routes de l’immigration… J’ai vécu les rendez-vous des passeurs clandestins de Porto, monté les chemin de Chaves, parlé avec le petit berger au manteau de paille, goûté l’aurore dans les pyrénées, goût d’hiver, de pleurésie, d’angoisse… Je me suis mêlé aux longues files d’attentes en gare d’Hendaye… Ici, derrière chacun de ces visages il y a le Portugal, son demi-siècle d’obscurité, de misères, d’oppression…

Entre ciel et terre (carnet de notes de voyages)

Ce 2 mai 1974, je reviens de Lisbonne… Je ramène un oeillet rouge… un des centaines de milliers d’oeillets rouges du premier mai de la liberté… je rentre les mains pleines de toutes ces mains tendues… Peuple tranquille et bon, travailleur et honnête, tu viens de mettre à bas – avec tes fils, soldats, ouvriers, paysans, tes militants torturés – le régime fasciste de Salazar et de son successeur Caetano… Je rentre avec encore des larmes de joie… Avec la confiance de l’espoir, cueilli aux coins de toutes ces rues où l’on n’en finit plus de se retrouver.

Gerald Bloncourt, Le regard engagé. Parcours d’un franc-tireur de l’image, Paris, Bourin Editeur, 2004.

“L’époque de la guerre d’Algérie a été pour moi un prodigieux vivier d’images. Les manifestations succédaient aux manifestations, les gr`ves aux grèves. Je découvrais à mon grand étonnement, le racisme gangrénant des couches de la population laborieuse. Infectant quelques fois d’autres immigrées ou enfants d’immigrées qui se considéraient “plus français” que les arabes parce qu’eux-mêmes européens.

Une de mes façons de lutter contre cette xénophobie était de montrer dans toute leur humanité, ces femmes algériennes ou portugaises s’occupant de leurs enfants, luttant pour maintenur la propreté dans leurs bidonvilles boueux. Je m’efforçais de présenter ces ouvriers travaillant à l’édification d’immenses constructions. Je photographiais leurs visages souvent sympathiques, affables, suscitant le respect. La qulité de leurs efforts et la beauté de leurs gestes. Les risques pris aussi. J’essayais d’illustrer l’idée que nous faisions tous partie de la même société dans laquelle nous devions tous nous côtoyer, nous accepter et nous estimer”.

Le photographe de mon enfance

Un jour, j’ai rencontré l’homme qui a photographié mon enfance. Il s’appelle Gérald Bloncourt. Il est né en Haïti et moi au Portugal. Nous vivons en France, Décidément il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde.

C’est un moment rare que de mettre des images, des phtoso sur des souvenirs d’enfance toujours fuyants. Les photos viennent réveiller notre mémoire, la provoquer, la taquiner, lui donner des frissions. C’est un moment d’une nostalgie douce et réparatrice. Les ruptures s’estompent entre passé et présent. A ce moment-là, une histoire se reconstruit dans notre imaginaire. C’est notre histoire. A la lumière des photos, nous avons exité. Notre mémoire ne nous a pas trahis, les photos la réconfortent. A la lumière des photos, nous pouvons raconter à nos enfants comment c’était un bidonville avec de la boue par terre. Ou les quais d’une gare parisienne un jour si froid de l’hiver 1965. Comment c’était “douce France, cher pays de mon enfance” sous la dictature de la “préfecture, service des étrangers”.  A la lumière des photos de Gerald Bloncourt, j’ai retrouvé mon enfance en transit à Hendaye, débarquant à Austerlitz en direction d’un bidonville quelques part dans la banlieuem au pied d’une muraille d’immeubles et de tours. J’ai retrouvé les photos qui manquent  à mon album de famille, à ma mémoire collective. Des milliers de gens en fuite traversent ses photos. J’y ai vu la violence qui ets faite à ceux qui partent.

José Vieira

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