Les « bons » et les « mauvais » par Hugo Dos Santos

Chaque année il semble que la situation des migrants en Europe ne peut empirer. Force est de constater que « nos » sociétés évoluent sans cesse vers ce pire : racismes en tous genres, islamophobie, antisémitisme, industrialisation du contrôle des frontières, floraison du système concentrationnaire des migrants, quartiers populaires délaissés et méprisés et renforcement des communautarismes. En bout de course, les conditions de vie inhumaines des Roms, « infra-étrangers » sur tout le continent.
Mais comme dit l’adage, répété avec emphase dans le film La Haine de Mathieu Kassovitz « l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage »… Au vu de la société d’aujourd’hui, quelle société aurons-nous demain ? Quelle forme prendra l’atterrissage du processus régressif que nous subissons depuis des années ?

Comme son nom l’indique, notre association « Mémoire Vive/Memória Viva », puise dans le passé des dynamiques pour construire pour l’avenir. Autrement dit, la construction d’une société plus solidaire dépendra nécessairement de la restitution collective de la mémoire de l’immigration. Gageons donc que notre « raison d’être » est encore plus urgente qu’hier si nous voulons pas finir dans le mur.

En cette rentrée 2015, nous pourrions commencer par rappeler qu’il n’existe pas de « bons » et de « mauvais » immigrés. Qu’il n’existe pas d’opposition entre « Réfugiés », « Migrants », Syriens, Kosovars, Sénégalais ou Erythréens. Jadis, la différence était marquée entre les « immigrés portugais économiques » (fuyant la misère) et les « immigrés portugais politiques » (fuyant la dictature de Salazar). Différenciation artificielle qui marquait souvent une différence de classe sociale, et le mépris d’une classe de migrants envers une autre. Nous retrouvons aujourd’hui la même rhétorique dans la présentation des « réfugiés syriens » (présentés parfois comme une main d’oeuvre qualifiée, assimilable et s’opposant la dictature de Bachar El-Assad) et les « migrants » s’échouant – ou se noyant – en Méditerranée.

Comme le dit le narrateur du film « La photo déchirée » de José Vieira (film emblématique de l’histoire de l’immigration portugaise en France), « l’émigration portugaise des années 60 fût un plébiscite par les pieds contre la politique de Salazar ». C’est à dire que l’émigration économique de ces années-là, presque entièrement illégale et clandestine, était éminemment politique. Risquons-nous donc à déclarer – forts de notre expérience – que l’émigration en général, notamment lorsqu’elle est massive, est toujours un plébiscite par les pieds contre une politique locale ou internationale.
Ainsi, les « migrants » du Sénégal ou les Roms de Roumanie sont aussi légitimes et humains que les « Réfugiés » syriens (qui sont techniquement des futurs « demandeurs d’asiles »).

Invoquons nos expériences d’émigration et appelons à redéfinir correctement ce vocabulaire, ce lexique, qui divise plus qu’il ne définit. Enfin, affirmons également qu’il n’existe pas de traitement « humain » des migrants sans une ouverture des frontières et une fermeture des centres de rétention !

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