Maria Vitorino Pilré, 45 ans en 1970 lorsqu’elle émigra en France – Maria Vitorino Pilré

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Quand je suis arrivée à Paris, je suis allée vivre chez ma nièce Maria Gertrudes. Mais ce n’est qu’un mois plus tard  qu’elle m’a accompagné  pour trouver du travail. Mais dès qu’elle est allée au bureau, on m’a proposé du travail pour le lendemain. J’ai donc commencé à travailler mais  je ne parlais pas français, bien sûr. Mais j’avais la chance de savoir lire, et ça, ça m’aidait.. Comme je n’avais pas d’argent, ma nièce me donnait un billet de métro pour l’aller et un pour le retour. Un jour je me suis trompée et c’est la dame qui poinçonnait les billets qui m’a sauvée, elle  m’a dit d’attendre puis a crié à sa collègue en face  de me laisser passer. Et je suis passée, parce qu’à cette époque il n’y avait pas de machines, c’étaient les gens  qui poinçonnaient  les billets. Je travaillais toujours pour le même patron quand je me suis encore trompée. Je n’avais pas bien lu les panneaux. Je paniquais mais comme Dieu ne m’a jamais abandonné, un portugais qui se trouvait sur le même quai m’a aidé  et  m’a demandé ce qui se passait.  Je lui ai expliqué, il  a été très gentil et m’a accompagné jusqu’à mon quai. J’ai déjà dit et je répète que  Dieu ne m’a jamais abandonnée, ni en France ni ailleurs. Et j’ai continué ma vie de tous les jours.

 

Quand je suis arrivée à Paris chez ma nièce, le vingt mai précisément,  elle a insisté pour que je vienne habiter chez elle, ce dont je la remercie beaucoup. C’était  son anniversaire le lendemain et moi j’avais quarante cinq ans deux jours après. Elle m’a préparé un gâteau  mais j’ai avalé plus de larmes que de gâteau. Mais j’au dû  tout supporter puisque j’étais loin de mon pays.

 

J’ai commencé alors  à travailler –  du ménage – c’était le travail de tout le monde.

Je ne suis pas restée longtemps dans cette place car mon neveu Edouard m’a trouvé un autre travail où je gagnais plus.  J’ai accepté immédiatement, bien sûr. Cest pour gagner de l’argent que j’’étais venue en France. Je suis restée quelque temps chez ce patron. Un jour, un homme s’est blessé au pied et on l’a emmené à l’hôpital. Mon patron m’a demandé de le remplacer et je l’ai fait. C’était un travail de nuit. Je travaillais donc de minuit à cinq heures du matin mais je travaillais déjà  de neuf heures du matin à onze heures du soir ailleurs et de là je partais pour l’autre, de minuit à cinq heures. Comme c’était un travail d’homme, mon patron me demandait tous les jours si ça allait. Mais qu’est-ce que je pouvais répondre ? Je répondais que ça allait ! Je ne savais rien dire d’autre. Il pensait que c’était  impossible qu’une femme fasse ce travail sans se plaindre parce que pour les français en ce temps-là c’était impensable   qu’une femme fasse le travail d’un homme. Aujourd’hui je ne sais pas. A cette époque, je travaillais jour et nuit. Je n’avais que trois heures pour  manger et pour dormir. Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Je devais travailler, j’étais venue en France pour ça : pour  gagner ma vie. Mais à ce moment-là j’étais très contente parce  je voyais mon argent qui augmentait  comme je le voulais, c’est  pour ça que j’avais laissé mon fils au Portugal.

 

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Maria Vitorino Pilré

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