Quand j’ai débarqué dans l’atelier – Manuel Madeira

 

Quand j’ai débarqué dans l’atelier, j’ai fait la connais­sance de Marcel. Il travaillait sur une machine à proximité de celle qui me fut attribuée. Il m’observa durant une semaine avant de s’adresser à moi.

Il commença par me faire des signes simples avec des gestes précis. Commue, par exemple, les doigts de la main droite serrés à l’exception du pouce tendu vers le haut. Cela j’ai compris facilement. « Oui. Ca va bien ! » Répondais-je du même geste.

 Puis, quelques minutes avant que la sirène de l’usine ne sonne pour la pause de midi, il me faisait un autre geste qui m’indiquait qu’il fallait tirer sur la manette pour arrêter la machine. J’ai compris à ce moment-là qu’il ne fallait pas dépasser d’une seule minute; telle était la règle.

De l’autre côté, en effet, la rigueur était encore plus impla­cable: Quelques pointages retardées d’une minute  entraî­naient « une mise à pied ». J’ai appris ainsi que mon temps de vie était une marchandise très importante et que derrière tout ça il y avait d’autres enjeux encore plus graves que je mécon­naissais. Marcel me faisait pressentir cela en quelques gestes qu’il soulignait par son regard d’initiateur.

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