{"id":1297,"date":"2014-05-04T12:05:15","date_gmt":"2014-05-04T11:05:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoria-viva.fr\/?p=1297"},"modified":"2014-05-04T12:05:15","modified_gmt":"2014-05-04T11:05:15","slug":"entretien-avec-irene-dos-santos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=1297","title":{"rendered":"Entretien avec Ir\u00e8ne Dos Santos"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify; \"><span style=\"font-weight: bold; color: #ce0042;\">Il n&rsquo;y a pas une seule \u00ab\u00a0portugalit\u00e9\u00a0\u00bb, celle qui serait associ\u00e9e \u00e0 la lusodescendance et renverrait \u00e0 une assignation identitaire et sociale [entrevista a Ir\u00e8ne dos Santos]<\/span><\/p>\n<div class=\"summary\" style=\"font-weight: bold; color: rgb(82, 106, 154); text-align: justify; \">Doutorada em Antropologia pela EHESS-Paris, Ir\u00e8ne dos Santos, ap\u00f3s ter trabalhado na sua tese de doutoramento sobre migra\u00e7\u00f5es a partir do caso dos \u201clusodescendentes\u201d em Fran\u00e7a, tem desenvolvido trabalho de investiga\u00e7\u00e3o sobre os fluxos migrat\u00f3rios entre Portugal e Angola em contexto p\u00f3s-colonial (CRIA-UNL). A entrevista foi concedida em franc\u00eas no dia 28 de Fevereiro 2014.<\/div>\n<div class=\"summary\" style=\"font-weight: bold; color: rgb(82, 106, 154); text-align: justify; \"><\/div>\n<div class=\"summary\" style=\"font-weight: bold; color: rgb(82, 106, 154); text-align: justify; \">\n<p><strong>Observat\u00f3rio da emigra\u00e7\u00e3o (\u00e0 frente OEm) &#8211; La premi\u00e8re question que j\u00b4aimerais te poser c\u00b4est comment es-tu arriv\u00e9e au th\u00e8me des migrations et plus particuli\u00e8rement \u00e0 l\u00b4immigration portugaise ?<\/strong><\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.observatorioemigracao.pt\/np4\/473\" target=\"_blank\">Ir\u00e8ne dos Santos<\/a>\u00a0(\u00e0 frente IS) &#8211;<\/strong>\u00a0J&rsquo;avais pr\u00e9sent\u00e9 un projet de recherche pour rentrer au Laboratoire d&rsquo;anthropologie sociale de l&rsquo;<a href=\"http:\/\/www.ehess.fr\/\" target=\"_blank\">Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales<\/a>\u00a0(Paris), pour travailler sur la m\u00e9moire familiale&#8230; je ne me souviens plus exactement du projet, mais Fran\u00e7oise Zonabend qui est devenue ma directrice de th\u00e8se m&rsquo;a conseill\u00e9 de resserrer mon objet d&rsquo;\u00e9tude et c&rsquo;est l\u00e0 que l&rsquo;id\u00e9e m&rsquo;est venue de travailler sur la m\u00e9moire en contexte migratoire, \u00e0 partir du cas de l&rsquo;immigration portugaise en France.\u00a0Je n&rsquo;avais alors aucun contact sauf mon p\u00e8re, immigr\u00e9 portugais arriv\u00e9 en 1968. Les quelques membres de ma famille eux-m\u00eames immigr\u00e9s \u00e9taient repartis au Portugal et nous vivions \u00e9loign\u00e9s des sociabilit\u00e9s communautaires, mon p\u00e8re ne m&rsquo;avait pas transmis sa culture\u00a0: je n&rsquo;ai jamais parl\u00e9 portugais avec lui.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Ton lien familial a jou\u00e9 sur ce choix ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Oui, mais j&rsquo;ignorais quand j&rsquo;ai d\u00e9but\u00e9 cette recherche \u00e0 quel point j&rsquo;entamais aussi un travail tr\u00e8s personnel, entre \u2018qu\u00eate et enqu\u00eate&rsquo; pour reprendre l&rsquo;expression de Nicole Lapierre.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Tu peux me dire exactement en quoi consistait ton projet doctoral ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Mon projet portait sur la transmission interg\u00e9n\u00e9rationnelle au sein de familles ayant gard\u00e9 des liens avec le Portugal et pratiquant annuellement le \u2018va-et-vient&rsquo; entre lieu d&rsquo;installation et village d&rsquo;origine et sur les reconstructions identitaires et m\u00e9morielles des descendants. Une perspective de recherche qui s&rsquo;inscrivait dans la continuit\u00e9 des travaux men\u00e9s par l&rsquo;\u00e9quipe dirig\u00e9e par Michel Oriol sur la double appartenance des enfants de migrants portugais, et sur les impacts que pouvait avoir l&rsquo;adh\u00e9sion du Portugal \u00e0 la CEE\u00a0sur les constructions identitaires ; une perspective prenant ses distances avec l&rsquo;approche assimilationniste qui a longtemps domin\u00e9 les travaux sur l&rsquo;immigration en France. Dans le cadre de mon DEA [master], j&rsquo;ai effectu\u00e9 un premier terrain au sein d&rsquo;une association portugaise de la r\u00e9gion parisienne. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une association de type traditionnel, compos\u00e9e de quelques familles qui constituaient un<em>rancho folcl\u00f3rico\u00a0<\/em>participant tous les week-ends \u00e0 des festivals de danse folklorique portugaise, un contexte fortement endogame, avec une faible mobilit\u00e9 sociale, la direction de l&rsquo;association \u00e9tant depuis des ann\u00e9es dirig\u00e9e par le m\u00eame groupe de parent\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Et puis j\u00b4imagine que ton sujet a beaucoup \u00e9volu\u00e9&#8230; comment ? Vers quelle direction ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0<\/strong>&#8211; Lors de ce premier terrain une jeune femme, Suzana, avait retenu mon attention. C&rsquo;\u00e9tait la fianc\u00e9e du pr\u00e9sident de l&rsquo;association, ouvrier dans le B.T.P.\u00a0; elle aspirait \u00e0 autre chose, voulait poursuivre des \u00e9tudes sup\u00e9rieures \u00e0 Paris, semblait h\u00e9siter&#8230; Entre temps une coll\u00e8gue m&rsquo;avait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 sa gardienne d&rsquo;immeuble, une portugaise dont la fille faisait des \u00e9tudes de litt\u00e9rature \u00e0 la Sorbonne et \u00e9tait membre &#8211; je reprends ses mots &#8211; \u00ab\u00a0de la plus grande association de lusodescendants\u00a0\u00bb\u00a0: l&rsquo;association parisienne Cap Magellan, cr\u00e9\u00e9e en 1991. Ce type d&rsquo;association est assez diff\u00e9rent de celui cr\u00e9\u00e9 par la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Il montre plusieurs choses\u00a0: la mise \u00e0 distance de la culture populaire parentale par des binationaux en position de mobilit\u00e9 sociale ascendante; le d\u00e9passement du stigmate de la migration \u00e0 travers la construction d&rsquo;une \u00ab\u00a0identit\u00e9 portugaise\u00a0\u00bb valorisante, fond\u00e9e sur une culture portugaise moderne, urbaine et savante, et v\u00e9hiculant une image nouvelle du pays d&rsquo;origine;\u00a0l&rsquo;\u00e9largissement de l&rsquo;\u00e9chelle des appartenances, \u00e0 la fois familiales et locales, nationales et diasporiques, voire transnationales et globales&#8230;\u00a0J&rsquo;ai commenc\u00e9 un terrain aupr\u00e8s de diff\u00e9rentes associations franco-portugaises cr\u00e9\u00e9es par des jeunes \u00e9tudiants, mais aussi aupr\u00e8s de la Coordination des Collectivit\u00e9s Portugaises de France (un collectif national d&rsquo;associations) qui organisait au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 des activit\u00e9s sp\u00e9cifiquement destin\u00e9es \u00e0 la dite deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, dont les \u00ab\u00a0rencontres europ\u00e9ennes de lusodescendants\u00a0\u00bb. Je me suis int\u00e9ress\u00e9e aux \u00ab\u00a0rencontres mondiales de lusodescendants\u00a0\u00bb que le secr\u00e9tariat d&rsquo;Etat aux Communaut\u00e9s portugaises a commenc\u00e9 \u00e0 organiser, sur le m\u00eame mod\u00e8le et par la suite\u00a0\u00a0\u00e0 la politique diasporique men\u00e9e par l&rsquo;Etat portugais \u00e0 destination des \u00ab\u00a0lusodescendants\u00a0\u00bb. Ce qui m&rsquo;a conduit \u00e0 travailler la question du \u00ab\u00a0nationalisme \u00e0 distance\u00a0\u00bb, celle du mythe du retour, mais aussi des pratiques concr\u00e8tes de \u00ab\u00a0retour\u00a0\u00bb de certains jeunes au Portugal au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 et la confrontation avec un pays id\u00e9alis\u00e9 qu&rsquo;ils ne connaissaient pas.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211;\u00a0Peux-tu me parler un peu plus de cette cat\u00e9gorie de \u00ab\u00a0Lusodescendants\u00a0\u00bb ? Comment l\u00b4as-tu utilis\u00e9e ? Avec quelles pr\u00e9cautions ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS &#8211;<\/strong>\u00a0Il y aurait beaucoup \u00e0 dire\u00a0! Elle illustre toute la complexit\u00e9 \u00e0 laquelle nous sommes confront\u00e9s pour trouver des cat\u00e9gories d&rsquo;analyse pertinentes, or il se trouve que le terme est rarement questionn\u00e9 par les chercheurs. Au Groupe d&rsquo;Anthropologie du Portugal (Maison des Sciences de l&rsquo;Homme de Paris) nous y avons consacr\u00e9 un num\u00e9ro de la revue en 2003. Je l&rsquo;utilise comme une cat\u00e9gorie\u00a0<em>emic<\/em>\u00a0propre \u00e0\u00a0la narrative diasporique de l&rsquo;Etat Portugais des \u00ab\u00a0liens du sang\u00a0\u00bb: \u00e0 cette \u00e9chelle, il s&rsquo;agit d&rsquo;une cat\u00e9gorie ethnique primordiale et englobante, permettant de d\u00e9signer l&rsquo;ensemble des descendants d&rsquo;\u00e9migrants portugais dans le monde, quel que soit le sentiment d&rsquo;appartenance des individus. Pour une association comme Cap Magellan, la cat\u00e9gorie, utilis\u00e9e \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1990, a constitu\u00e9 un \u00ab\u00a0label\u00a0\u00bb permettant de sortir de la cat\u00e9gorie stigmatisante des \u00ab\u00a0jeunes d&rsquo;origine portugaise\u00a0\u00bb, donc immigr\u00e9s\u00a0: il s&rsquo;agissait d&rsquo;une mise \u00e0 distance de la condition (sociale) immigr\u00e9e qui s&rsquo;op\u00e9rait avec l&rsquo;investissement dans une origine ethnique devenue valorisante. Je pense quelle sera peu \u00e0 peu substitu\u00e9e par la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0lusophone\u00a0\u00bb, ce qui peut aussi r\u00e9v\u00e9ler\u00a0l&rsquo;\u00e9volution vers un mod\u00e8le diasporique non plus centr\u00e9 sur le pays d&rsquo;origine, le Portugal, mais se r\u00e9f\u00e9rant au monde lusophone&#8230;<\/p>\n<p><strong>OEm &#8211; \u00c0 la lecture de ta th\u00e8se j\u00b4ai pu remarquer qu\u00b4il y a plusieurs rapports \u00e0 \u00ab\u00a0l\u00b4origine portugaise\u00a0\u00bb. As-tu d\u00e9velopp\u00e9 une typologie, des types-id\u00e9aux de ces jeunes ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0J&rsquo;ai essay\u00e9 d&rsquo;ouvrir mon terrain \u00e0 des individus qui n&rsquo;\u00e9taient pas impliqu\u00e9s dans des associations portugaises et qui ne revendiquaient pas dans l&rsquo;espace public leur \u00ab\u00a0origine portugaise\u00a0\u00bb. Ce type d&rsquo;enqu\u00eate aupr\u00e8s d&rsquo;une population par d\u00e9finition \u00ab\u00a0invisible\u00a0\u00bb est plus difficile \u00e0 mener. Je n&rsquo;ai pas cherch\u00e9 \u00e0 construire des types id\u00e9aux, mais voulu montrer qu&rsquo;il y avait diff\u00e9rentes mani\u00e8res de se vivre comme descendant de Portugais\/Fran\u00e7ais d&rsquo;origine portugaise\/franco-portugais\/lusodescendant, etc. Il n&rsquo;y a pas une seule \u00ab\u00a0portugalit\u00e9\u00a0\u00bb, celle qui serait associ\u00e9e \u00e0 la lusodescendance et renverrait \u00e0 une assignation identitaire et sociale : \u00eatre visible dans les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;installation en y d\u00e9fendant \u00e0 travers une l\u00e9gitimit\u00e9 acquise par une mobilit\u00e9 sociale ascendante les int\u00e9r\u00eats du pays d&rsquo;origine.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Pendant la pr\u00e9paration de ta th\u00e8se tu as anim\u00e9 des ateliers de documentaire avec des jeunes \u00ab\u00a0lusodescendants\u00a0\u00bb. Quel \u00e9tait l\u00b4objectif et quels en ont \u00e9t\u00e9 les r\u00e9sultats\u00a0? Comme tu sais je n\u00b4oublie pas l\u00b4un de ces petits films que j\u00b4ai trouv\u00e9 tr\u00e8s beau sur le silence&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Il s&rsquo;agit d&rsquo;un atelier cin\u00e9ma d\u00e9velopp\u00e9 avec le cin\u00e9aste Pierre Primetens dans le cadre d&rsquo;un programme culturel men\u00e9 par la r\u00e9gion Ile-de-France sur les m\u00e9moires de l&rsquo;immigration. L&rsquo;atelier a dur\u00e9 presqu&rsquo;un an, avec trois groupes compos\u00e9s d&rsquo;une dizaine de jeunes et s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 \u00e0 Paris, Champigny-sur-Marne et \u00e0 Viana do Castelo. L&rsquo;objectif \u00e9tait double: initier le jeune public \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un film, dans ce cas un autoportrait, et saisir au sein de familles franco-portugaises la mani\u00e8re dont l&rsquo;histoire de la migration avait \u00e9t\u00e9 transmise. Le film qui t&rsquo;a particuli\u00e8rement \u00a0touch\u00e9e parle des ruptures familiales engendr\u00e9es par la migration, de la non transmission d&rsquo;une histoire difficile, mais aussi de l&rsquo;acceptation de cette absence de transmission. En tant qu&rsquo;anthropologue, la grande surprise a \u00e9t\u00e9 de voir \u00e0 quel point la cam\u00e9ra constituait un outil permettant d&rsquo;entrer dans l&rsquo;intimit\u00e9 des individus et des familles\u00a0: apr\u00e8s quelques r\u00e9ticences, les parents se d\u00e9voilaient facilement, les familles rejouaient les conflits g\u00e9n\u00e9rationnels, nous avons pu aussi acc\u00e9der aux espaces habit\u00e9s, m\u00eame ceux exigus comme les loges de concierge, ce qui avait \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9 durant mon terrain.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Aujourd\u00b4hui tu as chang\u00e9 de sujet de recherche&#8230; Tu travailles sur la mobilit\u00e9 entre le Portugal et l\u00b4Angola sous l\u00b4angle des migrations internationales. Peux-tu nous raconter un peu comment tu y es arriv\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Ce projet de recherche est n\u00e9 de discussions avec des coll\u00e8gues fran\u00e7ais qui travaillent sur \u00ab\u00a0l&rsquo;immigration postcoloniale\u00a0\u00bb en France et la question de la \u00ab\u00a0m\u00e9moire coloniale\u00a0\u00bb. Quand j&rsquo;ai \u00e9crit mon projet de recherche postdoctoral, au cours l&rsquo;\u00e9t\u00e9 2010, les flux migratoires entre le Portugal et l&rsquo;Angola s&rsquo;\u00e9taient acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s depuis presqu&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es suite \u00e0 la fin de la guerre civile, mais s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9ellement intensifi\u00e9s et diversifi\u00e9s de mani\u00e8re plus r\u00e9cente. Dans cette situation singuli\u00e8re de renversement des rapports Nord-Sud, il m&rsquo;a sembl\u00e9 int\u00e9ressant d&rsquo;essayer de comprendre ce qui pouvait motiver les Portugais \u00e0 \u00e9migrer en Angola et d&rsquo;interroger l&rsquo;id\u00e9e m\u00eame d&rsquo;h\u00e9ritage colonial.<\/p>\n<p><strong>OEm &#8211; Dans quel cadre s&rsquo;inscrit cette recherche et o\u00f9 en es-tu en termes de r\u00e9sultats ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Il s&rsquo;agit d&rsquo;une recherche financ\u00e9e par la\u00a0<a href=\"http:\/\/www.fct.pt\/\" target=\"_blank\">Funda\u00e7\u00e3o para a Ci\u00eancia e a Tecnologia<\/a>\u00a0que je m\u00e8ne en tant que chercheur associ\u00e9 au\u00a0<a href=\"http:\/\/cria.org.pt\/site\/\" target=\"_blank\">Centro em Rede de Investiga\u00e7\u00e3o em Antropologia<\/a>\u00a0(CRIA) de l&rsquo;<em>Universidade Nova de Lisboa<\/em>. J&rsquo;ai travaill\u00e9 sur plusieurs types de populations : en r\u00e9alisant au Portugal des entretiens aupr\u00e8s de \u00ab\u00a0Retornados\u00a0\u00bb et en participant aux rencontres annuelles qu&rsquo;ils organisent pour revivre et se rem\u00e9morer l\u00a0\u00bbexp\u00e9rience africaine&rsquo;, certains d&rsquo;entre eux ou leurs enfants circulent depuis les ann\u00e9es 2000 entre le Portugal et l&rsquo;Angola dans le cadre d&rsquo;activit\u00e9s \u00e9conomiques transnationales; en r\u00e9alisant une enqu\u00eate de terrain \u00e0 Luanda aupr\u00e8s de jeunes \u00ab\u00a0\u00e9migrants\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0expatri\u00e9s\u00a0\u00bb portugais et luso-angolais.<\/p>\n<p><strong>OEm &#8211; Te situes-tu alors dans la ligne des th\u00e9ories postcoloniales qui se posent la question de la continuit\u00e9 chronologique du pass\u00e9 colonial et de la migration portugaise qui en a r\u00e9sult\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Bien s\u00fbr j&rsquo;interroge le rapport au pass\u00e9 colonial et notamment l&rsquo;absence d&rsquo;un questionnement critique sur le colonialisme au Portugal. Mais en travaillant sur les subjectivit\u00e9s migrantes, il s&rsquo;agit pour moi de tenter d&rsquo;aller au-del\u00e0 de l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0persistance de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0nostalgie postcoloniale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Comment s&rsquo;est pass\u00e9 ton terrain en Angola ? As-tu eu acc\u00e8s \u00e0 des donn\u00e9es statistiques r\u00e9centes sur ces jeunes \u00e9migr\u00e9s en Angola ? Quelles ont \u00e9t\u00e9 les conditions d&rsquo;accueil de ta recherche l\u00e0-bas ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Ce terrain d&rsquo;un mois a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 difficile \u00e0 organiser\u00a0: l&rsquo;obtention du visa a \u00e9t\u00e9 compliqu\u00e9e puisque je n&rsquo;avais pas de contact institutionnel avec un centre de recherche angolais. Pour diff\u00e9rentes raisons sur lesquelles je ne m&rsquo;\u00e9tendrai pas ici, l&rsquo;immigration est un sujet sensible en Angola. J&rsquo;ai rapidement renonc\u00e9 \u00e0 obtenir des donn\u00e9es statistiques en me concentrant sur des donn\u00e9es qualitatives recueillies par le biais d&rsquo;entretiens et d&rsquo;observation de pratiques de sociabilit\u00e9. La vie sur place est extr\u00eamement ch\u00e8re et je n&rsquo;avais pas trouv\u00e9 de familles pour m&rsquo;accueillir. Je suis rest\u00e9e quelques jours dans un h\u00f4tel de la\u00a0<em>Baixa<\/em>\u00a0de Luanda, puis j&rsquo;ai emm\u00e9nag\u00e9 chez une expatri\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e d&rsquo;un<em>musseque\u00a0<\/em>; elle m&rsquo;a appris \u00e0 utiliser les transports publics et \u00e0 me d\u00e9placer \u00e0 pied dans la ville\u00a0: j&rsquo;\u00e9tais beaucoup plus mobile et autonome que certains immigrants portugais qui venaient d&rsquo;arriver et restaient reclus dans leurs logements. Je les rencontrais chez eux et\/ou dans des restaurants, caf\u00e9s portugais de la Baixa, ou sur l&rsquo;Ile de Luanda. Les profils socio\u00e9conomiques et les projets migratoires sont tr\u00e8s diversifi\u00e9s. Les liens avec l&rsquo;Angola, qu&rsquo;ils soient historiques ou familiaux, n&rsquo;apparaissent g\u00e9n\u00e9ralement que tr\u00e8s peu dans l&rsquo;explicitation des raisons de l&rsquo;\u00e9migration, sauf pour les luso-angolais, des jeunes n\u00e9s au Portugal de couples mixtes de \u00ab\u00a0Retornados\u00a0\u00bb qui cherchent \u00e0 acqu\u00e9rir la nationalit\u00e9 angolaise. Ceci incite aussi \u00e0 approfondir les \u00e9tudes men\u00e9es sur l&rsquo;int\u00e9gration de cette population (les \u00ab\u00a0Retornados\u00a0\u00bb m\u00e9tis) au Portugal.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Depuis 2010 tu co-organises le s\u00e9minaire \u00ab\u00a0M\u00e9moires et patrimonialisations des migrations\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;EHESS. D&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;id\u00e9e ou la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er ce s\u00e9minaire ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;institutionnalisation politique de la m\u00e9moire (comme les lois m\u00e9morielles) et de patrimonialisation, qui traduit un rapport sp\u00e9cifique au temps dans nos soci\u00e9t\u00e9s, a aussi touch\u00e9 la question migratoire, avec par exemple la cr\u00e9ation au sein de l&rsquo;UNESCO d&rsquo;un r\u00e9seau de mus\u00e9es de la migration visant la reconnaissance et l&rsquo;int\u00e9gration des populations d\u00e9plac\u00e9es. Les migrants eux-m\u00eames ont commenc\u00e9 \u00e0 \u0153uvrer dans le cadre associatif \u00e0 la constitution d&rsquo;archives pour la (re)connaissance de leur pass\u00e9, alors qu&rsquo;au niveau familial nous avions observ\u00e9 sur le terrain une faible valeur accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;histoire migratoire et l&rsquo;absence d&rsquo;un r\u00e9cit explicite associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;existence de souvenirs n\u00e9gatifs, honteux, de ce pass\u00e9.\u00a0\u00a0L&rsquo;id\u00e9e nous est venue d&rsquo;interroger les m\u00e9canismes qui visent \u00e0 construire les m\u00e9moires collectives des migrations et \u00e0 les transformer en patrimoine, donc \u00e0 leur donner une valeur. Comprendre comment et pourquoi ces processus \u00e9mergent, qui en sont les acteurs, dans quels lieux, avec quels objets, etc., dans une perspective compar\u00e9e de recherche.<\/p>\n<p><strong>OEm\u00a0&#8211; Enfin, j&rsquo;aimerais que tu me parles un peu plus du concept de m\u00e9moire dans le cadre des migrations et la fa\u00e7on dont tu le saisis dans tes recherches.<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS\u00a0&#8211;<\/strong>\u00a0Penser en termes de m\u00e9moire sociale en contexte migratoire s&rsquo;est paradoxalement inscrire la r\u00e9flexion dans une logique de continuit\u00e9 sociale et culturelle, et\u00a0\u00a0renvoyer l&rsquo;exp\u00e9rience migratoire v\u00e9cue \u00e0 du pass\u00e9 (selon la d\u00e9finition que proposent certains historiens de la m\u00e9moire collective immigr\u00e9e). Or dans le contexte intra-europ\u00e9en, le cas de la migration portugaise montre bien que quarante ans apr\u00e8s cette exp\u00e9rience migratoire reste de l&rsquo;ordre du pr\u00e9sent (du fait des va-et-vient et des solidarit\u00e9s entre g\u00e9n\u00e9rations dans cette mobilit\u00e9).\u00a0\u00a0Il est int\u00e9ressant d&rsquo;observer que si les ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9moriels sont dynamiques, sans cesse aliment\u00e9s par les mobilit\u00e9s et liens transnationaux des migrants, la patrimonialisation fixe les repr\u00e9sentations du pass\u00e9 migratoire. Penser en termes de m\u00e9moire collective, c&rsquo;est aussi analyser la m\u00e9moire d&rsquo;un groupe, donc les effets de l&rsquo;appartenance \u00e0 un collectif sur les souvenirs que conservent les individus. Les appartenances multiples, les identit\u00e9s et imaginaires multi-situ\u00e9s des migrants rendent l&rsquo;\u00e9tude de ces processus particuli\u00e8rement passionnants.<\/p>\n<p><strong>OEm &#8211; As-tu envie de nous parler d&rsquo;autres aspects importants de tes recherches pour l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;\u00e9migration portugaise ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>IS &#8211;<\/strong>\u00a0J&rsquo;aimerais surtout profiter de cette occasion pour dire combien il est important de continuer \u00e0 travailler sur l&rsquo;\u00e9migration portugaise &#8211; les flux r\u00e9cents sans laisser tomber les anciens &#8211; dans une perspective compar\u00e9e entre les diff\u00e9rents contextes d&rsquo;installation, comme j&rsquo;avais commenc\u00e9 \u00e0 le faire avec mon coll\u00e8gue br\u00e9silien\u00a0<a href=\"http:\/\/www.observatorioemigracao.pt\/np4\/487\" target=\"_blank\">Eduardo Caetano da Silva<\/a>, dans une recherche France\/Br\u00e9sil sur la lusodescendance, ou\u00a0<a href=\"http:\/\/www.observatorioemigracao.pt\/np4\/677\" target=\"_blank\">Jo\u00e3o Sardinha<\/a>\u00a0\u00e0 partir du cas canadien et fran\u00e7ais. Il faudrait aussi poursuivre les travaux sur les diff\u00e9rentes formes de participation des Portugais dans les soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;installation, par exemple sur la participation politique et la citoyennet\u00e9 en g\u00e9n\u00e9rale, comme a commenc\u00e9 \u00e0 le faire\u00a0<a href=\"http:\/\/www.observatorioemigracao.pt\/np4\/604\" target=\"_blank\">Jorge Portugal Branco<\/a>\u00a0sur les \u00e9lus portugais municipaux portugais et fran\u00e7ais d&rsquo;origine portugaise.<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify; \">Entretien r\u00e9alis\u00e9 par In\u00eas Espirito Santo dans le cadre<span style=\"color: #526a9a;\">\u00a0du\u00a0<a href=\"http:\/\/www.observatorioemigracao.pt\/np4\/3856.html\" target=\"_blank\">Observat\u00f3rio da Emigra\u00e7\u00e3o<\/a>.<\/span><\/p>\n<div class=\"text\" style=\"color: rgb(82, 106, 154); text-align: justify; \"><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n&rsquo;y a pas une seule \u00ab\u00a0portugalit\u00e9\u00a0\u00bb, celle qui serait associ\u00e9e \u00e0 la lusodescendance et renverrait \u00e0 une assignation identitaire et sociale [entrevista a Ir\u00e8ne dos Santos] Doutorada em Antropologia pela EHESS-Paris, Ir\u00e8ne dos Santos, ap\u00f3s ter trabalhado na sua tese de doutoramento sobre migra\u00e7\u00f5es a partir do caso dos \u201clusodescendentes\u201d em Fran\u00e7a, tem desenvolvido &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=1297\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Entretien avec Ir\u00e8ne Dos Santos&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1298,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[10],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1297"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1297"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1297\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1298"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1297"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1297"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1297"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}