{"id":402,"date":"2013-10-29T17:02:02","date_gmt":"2013-10-29T16:02:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoria-viva.fr\/wordpress\/?p=402"},"modified":"2014-01-13T14:40:22","modified_gmt":"2014-01-13T13:40:22","slug":"heiny-widmer-jurg-kreienbuhl-bale-editions-galerie-zem-specht-1982","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=402","title":{"rendered":"<!--:fr-->Heiny Widmer &#8211; J\u00fcrg Kreienb\u00fchl, B\u00e2le, Editions Galerie \u201ezem Specht\u201c, 1982<!--:-->"},"content":{"rendered":"<p><!--:fr--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La cour des miracles\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Ici, j\u2019ai v\u00e9cu durant quatre ans. Un grand terrain priv\u00e9, aliment\u00e9 par un seul robinet d\u2019eau, \u00e9tait lou\u00e9 en parcelles avec l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 pour les personnes qui la d\u00e9siraient. Le patron, surnomm\u00e9, \u2018l\u2019Auvergnat\u2019, faisait la loi. Il \u00e9tait avare. Tous les jours, il contr\u00f4lait son compteur \u00e9lectrique\u00a0; si la roue marquant la consommation tournait trop vite (\u00e0 son avis\u00a0!), il coupait un \u00e0 un, et sans pr\u00e9venir, les fils \u00e9lectriques qui alimentaient nos mis\u00e9rables baraques. A nous de les rafistoler\u2026 cela se produisait tous les mois, surtout en hiver\u00a0! Combien de fois, le soir, nous mangions \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une bougie. Une soci\u00e9t\u00e9 cosmopolite s\u2019\u00e9tait constitu\u00e9e dans cette sorte de grande cour o\u00f9 \u00e9taient entass\u00e9s\u00a0: Gitans, Alg\u00e9riens, Portugais, Polonais, Fran\u00e7ais, chiens, chats et rats. J\u2019ai peint ce tableau \u00e0 travers la fen\u00eatre de mon autobus hors d\u2019usage, qui me servait d\u2019appartement et d\u2019atelier.\u00a0\u00bb<\/em> (p. 100)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le bidonville enneig\u00e9<\/strong><i><\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019hiver \u00e9tait dur et froid. Les points d\u2019eau \u00e9taient gel\u00e9s. Un seul robinet, entour\u00e9 de paille, fonctionnait encore. Pour y parvenir, ils devaient emprunter un chemin long et glissant qui s\u2019av\u00e9rait tr\u00e8s dangereux lors du retour avec des sceaux en plastique remplis d\u2019eau. P\u00e9niblement, de mes doigts raides, je maniais mon crayon pour faire des esquisses. A cette \u00e9poque, je peignais uniquement d\u2019apr\u00e8s croquis. Dans les baraquements mis\u00e9rables, les po\u00eales rouill\u00e9s ronflaient, d\u00e9bordant de boulets de la plus m\u00e9diocre qualit\u00e9, et pendant la journ\u00e9e, une fum\u00e9e jaun\u00e2tre planait au dessus des taudis. De temps en temps, un Alg\u00e9rien qui passait me regardait avec m\u00e9fiance.\u00a0\u00bb<\/em> (p. 103)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Observations\u00a0:\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><\/strong>Arriv\u00e9 \u00e0 Paris en 1955 et ne se reconnaissant pas dans la peinture de l\u2019Ecole de Paris (Manessier, Bissi\u00e8re, Soulages, Poliakoff, Vieira da Silva), c\u2019est en pleine banlieue que le peintre b\u00e2lois J\u00fcrg Kreienb\u00fchl trouve mati\u00e8re \u00e0 peindre. Colombes, Argenteuil, Sartrouville, Gennevilliers, Bezons, Carri\u00e8res-sur-Seine et Nanterre \u2013 Kreienb\u00fchl peint l\u00e0 o\u00f9 se trouvent les bidonvilles qui entourent la capitale. Partageant le mode de vie de leurs habitants (le peintre habitera les bidonvilles de Bezons et de Carri\u00e8res-sur-Seine), Kreienb\u00fchl peint les situations extr\u00eames de l\u2019existence humaine. Prostitu\u00e9es, maquereaux, petits voleurs, cambrioleurs,\u00a0gitans, \u00e9trangers sans portefeuille deviennent ses mod\u00e8les, et ses amis. Jamais positionn\u00e9 en juge, J\u00fcrg Kreienb\u00fchl peint ce qu\u2019il voit. Et ce qu\u2019il voit, c\u2019est la vie la plus \u00e9l\u00e9mentaire, loin de tout artifice. Avec Kreienb\u00fchl, les laiss\u00e9s pour compte de la ville retrouvent leur dignit\u00e9. Un droit \u00e0 la parole, \u00e0 l\u2019existence. La peinture de J\u00fcrg Kreienb\u00fchl op\u00e8re comme le film de Dominique Dante ou comme la photographie de Cartier-Bresson et de G\u00e9rald Bloncourt\u00a0: chacune de ses peintures est une histoire en soi. Et comme chaque tableau qu\u2019il peint l\u2019emp\u00eache d\u2019en commencer un autre, sa peinture est \u00e9videmment aux antipodes des dizaines de clich\u00e9s pris par les photographes de presse qui, au cours des ann\u00e9es 60\/70, d\u00e9noncent l\u2019existence des bidonvilles aux portes de la capitale comme un fait-divers honteux, mais sans vraiment se pr\u00e9occuper d\u2019aller \u00e0 la rencontre des habitants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis les longues ann\u00e9es pass\u00e9es dans les bidonvilles de la r\u00e9gion parisienne, J\u00fcrg Kreienb\u00fchl n\u2019a jamais cess\u00e9 de c\u00f4toyer les Portugais, qu\u2019il conna\u00eet bien. Lors de l\u2019importante exposition que lui consacra le Centre Culturel Suisse \u00e0 Paris, en 2001, le peintre rappela qu\u2019au moment de la destruction du bidonville de Carri\u00e8res-sur-Seine (1977), majoritairement habit\u00e9 par des Portugais, il \u00e9tait intervenu \u00e0 plusieurs reprises aupr\u00e8s des autorit\u00e9s fran\u00e7aises pour leur demander de laisser le bidonville aux Portugais, \u2018qui en auraient fait un vrai village, comme ils savent le faire\u2019, au lieu de les envoyer dans les cit\u00e9s de transit. Une demande forte d\u2019autogestion \u00e0 contre-courant de toute la politique d\u2019Etat<\/p>\n<p><!--:--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La cour des miracles\u00a0 \u00ab\u00a0Ici, j\u2019ai v\u00e9cu durant quatre ans. Un grand terrain priv\u00e9, aliment\u00e9 par un seul robinet d\u2019eau, \u00e9tait lou\u00e9 en parcelles avec l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 pour les personnes qui la d\u00e9siraient. 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