{"id":405,"date":"2013-10-29T17:06:08","date_gmt":"2013-10-29T16:06:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoria-viva.fr\/wordpress\/?p=405"},"modified":"2014-01-13T14:39:37","modified_gmt":"2014-01-13T13:39:37","slug":"waldemar-monteiro-les-emigres-portugais-parlent-vies-et-temoignages-paris-casterman-1974","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=405","title":{"rendered":"<!--:fr-->Waldemar Monteiro &#8211; Les \u00e9migr\u00e9s portugais parlent. Vies et t\u00e9moignages, Paris, Casterman, 1974<!--:-->"},"content":{"rendered":"<p><!--:fr--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><b>La rixe\u00a0 <\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Nanterre\u00a0: 7.000 Portugais, dit le Secours Catholique. 15.000, rectifia le commissariat de police. Qui a raison, qui a tort\u00a0?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>[\u2026] Un grand nombre d\u2019immigr\u00e9s vit effectivement dans la clandestinit\u00e9, \u00e9chappant pour un temps plus ou moins long au contr\u00f4le de la police.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Nanterre, vaste agglom\u00e9ration d\u2019immigr\u00e9s de toutes origines, surtout Alg\u00e9riens et Portugais, se trouve dans la banlieue parisienne, au nord, juste apr\u00e8s la Porte de Neuilly. Les immeubles y poussent partout. Les hommes et les machines ont d\u00fb harmoniser leur cadence avec le rythme infernal de la croissance, de la construction, de l\u2019extraordinaire besoin de logements pour les Fran\u00e7ais et pour deux millions de travailleurs immigr\u00e9s.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0\u00bb Le gouvernement fran\u00e7ais entend devoir se pencher sur les probl\u00e8mes des travailleurs immigr\u00e9s, surtout en ce qui concerne la construction de logements, mais les cr\u00e9dits d\u00e9bloqu\u00e9s \u00e0 cette fin ne d\u00e9passent pas quarante nouveaux francs par travailleur immigr\u00e9. Que peut-on faire avec des cr\u00e9dits tellement r\u00e9duits\u00a0?\u00a0\u00a0\u00bb (M. Talamoni, maire de Champigny).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Nanterre, c\u2019est petit. Mais, en bordure de la ville, sur une sorte de plateau, s\u2019\u00e9tend un quartier tr\u00e8s populeux, dont l\u2019acc\u00e8s est (plus ou moins) assur\u00e9 par une vieille route boueuse. Sur cette route se trouve un r\u00e9servoir d\u2019eau, muni d\u2019un \u00e9norme robinet. Presque en face du r\u00e9servoir, une baraque, construite avec des planches irr\u00e9guli\u00e8res en bois de toutes sortes et couverte d\u2019un toit en zinc, qui fait penser \u00e0 une petite boutique mexicaine. On y vend du vin, de la bi\u00e8re, ainsi que quelques produits alimentaires de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9. Tous les jours, le soir, apr\u00e8s le travail, pendant que de nombreux immigr\u00e9s font la queue devant le r\u00e9servoir, d\u2019autres, non moins nombreux, s\u2019entassent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la boutique.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>D\u2019une l\u00e9g\u00e8re \u00e9l\u00e9vation du terrain, situ\u00e9e juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la baraque, on peut suivre du regard le prolongement de la route et d\u00e9couvrir ainsi un paysage impressionnant, tragique\u00a0: quatre ou cinq kilom\u00e8tres carr\u00e9s de boue, de ronces, d\u2019ordures et de baraques, des baraques de trois m\u00e8tres sur trois, habit\u00e9es presque exclusivement par des travailleurs immigr\u00e9s\u00a0: c\u2019est le bidonville de Nanterre, le plus proche de Paris, juste aux portes de la capitale fran\u00e7aise. Un bidonville c\u00e9l\u00e8bre par le spectacle bouleversant qu\u2019il offre \u00e0 nos yeux,\u00a0par le tableau terrible de mis\u00e8re qu\u2019il repr\u00e9sente et qui n\u2019est pas sans \u00e9voquer un po\u00e8me d\u2019Agostinho Neto, po\u00e8te noir angolais\u00a0:<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des t\u00f4les fix\u00e9es \u00e0 des pieux<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>fich\u00e9s en terre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>forment la maison<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des haillons compl\u00e8tent<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>le paysage intime<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le soleil traverse les crevasses<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>et r\u00e9veille l\u2019habitant<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ensuite, douze heures de travail<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>esclave\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et, dans cet amas de t\u00f4les, de boue et d\u2019ordures, dans ce foyer infectieux, peupl\u00e9 de rats et de mouches, dans ce jardin infernal, vivent des hommes, des femmes,\u00a0des enfants\u00a0! [\u2026]<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Deux diff\u00e9rences, par rapport au po\u00e8me\u00a0: au lieu du soleil, c\u2019est le froid, la neige et la pluie qui traversent, le plus souvent, les murs crevass\u00e9s des baraques\u00a0; et ce ne sont pas douze mais plut\u00f4t quinze ou seize heures de travail d\u2019esclave par jour\u00a0!<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tel est Nanterre\u00a0: une aberration du monde civilis\u00e9, une tache noire dans le paysage dur mais clair des constructions modernes, que l\u2019on voit appara\u00eetre un peu plus loin. Un vrai mar\u00e9cage\u00a0: l\u2019eau de la pluie s\u2019accumule, faute d\u2019\u00e9gouts, formant des lacs de boue. Les gens n\u2019ont m\u00eame pas le temps de voir o\u00f9 ils habitent\u00a0: ils partent travailler de grand matin \u00e0 cinq, six, sept heures au plus tard. Quand ils rentrent, le soir, il fait d\u00e9j\u00e0 noir\u00a0; et il faut encore aller chercher de l\u2019eau, acheter de quoi manger, faire la cuisine\u2026 Et se coucher toute de suite apr\u00e8s le d\u00eener.\u2026\u00a0\u00bb<\/em> (p.73-76)<b><\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Observations<\/span>\u00a0: La version originale du livre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sous le titre \u00ab\u00a0As hist\u00f3rias dram\u00e1ticas da emigra\u00e7\u00e3o\u00a0\u00bb, Lisbonne,\u00a0Prelo, 1969.<\/p>\n<p><!--:--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La rixe\u00a0 \u00ab\u00a0Nanterre\u00a0: 7.000 Portugais, dit le Secours Catholique. 15.000, rectifia le commissariat de police. Qui a raison, qui a tort\u00a0? [\u2026] Un grand nombre d\u2019immigr\u00e9s vit effectivement dans la clandestinit\u00e9, \u00e9chappant pour un temps plus ou moins long au contr\u00f4le de la police. 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