{"id":852,"date":"2014-01-27T19:28:48","date_gmt":"2014-01-27T18:28:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoria-viva.fr\/?p=852"},"modified":"2014-03-18T12:09:55","modified_gmt":"2014-03-18T11:09:55","slug":"lorange-par-candida-rodrigues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=852","title":{"rendered":"L\u2019orange &#8211; par C\u00e2ndida Rodrigues"},"content":{"rendered":"<p><!--:fr--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019orange<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un beau jour de 1965, mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9. Il s\u2019est \u00e9chapp\u00e9, et s\u2019en est sorti, seul, et les pieds en sang. Il est arriv\u00e9 en France, \u00e0 Toulouse o\u00f9 il avait un fr\u00e8re, et une tante bigote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ma m\u00e8re, elle, a pleur\u00e9, est retourn\u00e9 chez ses parents jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il lui donne signe de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Clandestines, nous le retrouv\u00e2mes en 1967. Deux ans pour faire 1500 kms, en ce temps l\u00e0 on savait prendre le temps de voyager!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Toulouse, mon p\u00e8re avait trouv\u00e9 et pay\u00e9 un passeur, originaire de Chaves. Il avait pr\u00e9venu ma m\u00e8re par courrier. En ce temps l\u00e0, les femmes mari\u00e9es devaient voyager avec l\u2019accord du mari. Obtenir un passeport \u00e9tait exclu, nous allions voyager sans filet\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes partis avec un fr\u00e8re de mon p\u00e8re, (d\u00e9serteur, je crois), par le train, de Gr\u00e2ndola, via Lisbonne, jusqu\u2019\u00e0 Chaves o\u00f9 nous avions rendez-vous. Nous avons r\u00eav\u00e9 le temps du trajet, arriv\u00e9s au lieu dit, personne ne vint. Nous avons fait demi-tour. Retour \u00e0 la case d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques semaines, peut-\u00eatre \u00e9tait-ce, quelques mois plus tard, nous sommes repartis \u00e0 Chaves. Cette fois, le passeur \u00e9tait l\u00e0. Combien \u00e9tions-nous\u00a0? 5, ou plut\u00f4t 10 clandestins \u00e0 l\u2019appel. Les instructions \u00e9taient tr\u00e8s strictes\u00a0: la fronti\u00e8re se passait \u00e0 pied, la nuit, et s\u00e9par\u00e9s les uns des autres pour \u00e9chapper plus facilement aux chiens et \u00e0 la vigilance des douaniers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier obstacle a \u00e9t\u00e9 brillamment pass\u00e9. Aucune arrestation. De vrais indiens\u00a0! Pensez-vous qu\u2019une petite fille de 5 ans ait peur la nuit\u00a0? D\u00e9trompez-vous, m\u00eame pas faim, m\u00eame pas soif, m\u00eame pas sommeil, et m\u00eame pas de pleurs\u00a0! (ils pourraient entendre\u00a0!)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Espagne, nous prenons le train jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re Irun\/Hendaye. Cette fois, nous attendons la nuit pour dormir dans un grenier, o\u00f9, damned, au petit matin, j\u2019ai oubli\u00e9 ma robe \u00e0 pois bleus, faite sur mesure, par Tia Beatriz. Inconsolable, j\u2019ai \u00e9t\u00e9, longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019aventure continue pour rejoindre Papa, Maman me l\u2019avait bien dit qu\u2019on y arriverait, mais o\u00f9 est pass\u00e9 Ti Jo\u00e3o\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette fois, nous passons la fronti\u00e8re de jour, Maman me tient par la main, nous sommes au milieu d\u2019Espagnols qui se rendent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Qu\u2019est-ce-qu\u2019ils font\u00a0? Ils vont travailler. L\u2019un deux, complice et \u00e9mu de voir une si jeune femme avec une enfant m\u2019offre une orange.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la fin du voyage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A partir de cette date, le Portugal, Gr\u00e2ndola, la famille, les amis, nous sont interdits, ils nous sont ferm\u00e9s. Nous pensions \u00e0 eux, comme s\u2019ils \u00e9taient prisonniers et nous, presque coupables d\u2019\u00eatre libres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u00e2ndida Rodrigues \u2013 avril 2004<\/p>\n<p><!--:--><!--:pt-->L\u2019orange<\/p>\n<p>[\u2026]<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Un beau jour de 1965, mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9. Il s\u2019est \u00e9chapp\u00e9, et s\u2019en est sorti, seul, et les pieds en sang. Il est arriv\u00e9 en France, \u00e0 Toulouse o\u00f9 il avait un fr\u00e8re, et une tante bigote.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re, elle, a pleur\u00e9, est retourn\u00e9 chez ses parents jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il lui donne signe de vie.<\/p>\n<p>Clandestines, nous le retrouv\u00e2mes en 1967. Deux ans pour faire 1500 kms, en ce temps l\u00e0 on savait prendre le temps de voyager!<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>De Toulouse, mon p\u00e8re avait trouv\u00e9 et pay\u00e9 un passeur, originaire de Chaves. Il avait pr\u00e9venu ma m\u00e8re par courrier. En ce temps l\u00e0, les femmes mari\u00e9es devaient voyager avec l\u2019accord du mari. Obtenir un passeport \u00e9tait exclu, nous allions voyager sans filet\u00a0!<\/p>\n<p>Nous sommes partis avec un fr\u00e8re de mon p\u00e8re, (d\u00e9serteur, je crois), par le train, de Gr\u00e2ndola, via Lisbonne, jusqu\u2019\u00e0 Chaves o\u00f9 nous avions rendez-vous. Nous avons r\u00eav\u00e9 le temps du trajet, arriv\u00e9s au lieu dit, personne ne vint. Nous avons fait demi-tour. Retour \u00e0 la case d\u00e9part.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Quelques semaines, peut-\u00eatre \u00e9tait-ce, quelques mois plus tard, nous sommes repartis \u00e0 Chaves. Cette fois, le passeur \u00e9tait l\u00e0. Combien \u00e9tions-nous\u00a0? 5, ou plut\u00f4t 10 clandestins \u00e0 l\u2019appel. Les instructions \u00e9taient tr\u00e8s strictes\u00a0: la fronti\u00e8re se passait \u00e0 pied, la nuit, et s\u00e9par\u00e9s les uns des autres pour \u00e9chapper plus facilement aux chiens et \u00e0 la vigilance des douaniers.<\/p>\n<p>Le premier obstacle a \u00e9t\u00e9 brillamment pass\u00e9. Aucune arrestation. De vrais indiens\u00a0! Pensez-vous qu\u2019une petite fille de 5 ans ait peur la nuit\u00a0? D\u00e9trompez-vous, m\u00eame pas faim, m\u00eame pas soif, m\u00eame pas sommeil, et m\u00eame pas de pleurs\u00a0! (ils pourraient entendre\u00a0!)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>En Espagne, nous prenons le train jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re Irun\/Hendaye. Cette fois, nous attendons la nuit pour dormir dans un grenier, o\u00f9, damned, au petit matin, j\u2019ai oubli\u00e9 ma robe \u00e0 pois bleus, faite sur mesure, par Tia Beatriz. Inconsolable, j\u2019ai \u00e9t\u00e9, longtemps.<\/p>\n<p>L\u2019aventure continue pour rejoindre Papa, Maman me l\u2019avait bien dit qu\u2019on y arriverait, mais o\u00f9 est pass\u00e9 Ti Jo\u00e3o\u00a0?<\/p>\n<p>Cette fois, nous passons la fronti\u00e8re de jour, Maman me tient par la main, nous sommes au milieu d\u2019Espagnols qui se rendent de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Qu\u2019est-ce-qu\u2019ils font\u00a0? Ils vont travailler. L\u2019un deux, complice et \u00e9mu de voir une si jeune femme avec une enfant m\u2019offre une orange.<\/p>\n<p>C\u2019est la fin du voyage.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>A partir de cette date, le Portugal, Gr\u00e2ndola, la famille, les amis, nous sont interdits, ils nous sont ferm\u00e9s. Nous pensions \u00e0 eux, comme s\u2019ils \u00e9taient prisonniers et nous, presque coupables d\u2019\u00eatre libres.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>C\u00e2ndida Rodrigues \u2013 avril 2004<!--:--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019orange [\u2026] Un beau jour de 1965, mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9. Il s\u2019est \u00e9chapp\u00e9, et s\u2019en est sorti, seul, et les pieds en sang. Il est arriv\u00e9 en France, \u00e0 Toulouse o\u00f9 il avait un fr\u00e8re, et une tante bigote. Ma m\u00e8re, elle, a pleur\u00e9, est retourn\u00e9 chez ses parents jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il lui &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=852\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;L\u2019orange &#8211; par C\u00e2ndida Rodrigues&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":999,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[74],"tags":[80],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/852"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=852"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/852\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/999"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=852"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=852"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=852"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}