{"id":947,"date":"2014-02-04T12:57:52","date_gmt":"2014-02-04T11:57:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoria-viva.fr\/?p=947"},"modified":"2014-03-18T12:05:40","modified_gmt":"2014-03-18T11:05:40","slug":"allez-voyage-pas-par-ilda-mendes-dos-santos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=947","title":{"rendered":"<!--:fr-->Allez voyage pas &#8211; par Ilda Mendes dos Santos<!--:--><!--:pt-->Allez voyage pas &#8211; par Ilda Mendes dos Santos<!--:-->"},"content":{"rendered":"<p><!--:fr--><\/p>\n<p align=\"center\"><b>Allez voyage pas<\/b><\/p>\n<p align=\"center\">\u00ab On multiplie ses pas<\/p>\n<p align=\"center\">pour avoir plus de terre \u2026<\/p>\n<p align=\"center\">On bouge<\/p>\n<p align=\"center\">et le monde trouve son assise.<\/p>\n<p align=\"center\">Il suffit d&rsquo;un pas<\/p>\n<p align=\"center\">pour que le monde<\/p>\n<p align=\"center\">commence.\u00a0\u00bb, J.-L. Giovannoni<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re me disait, qu&rsquo;enfant, ses chaussures c&rsquo;\u00e9taient des sabots ou des chaussures noires taill\u00e9es dans du caoutchouc. Et c&rsquo;\u00e9tait heureux d&rsquo;avoir des souliers sinon on allait pieds nus.<\/p>\n<p>Les gens marchaient \u00e9norm\u00e9ment. Des villages recul\u00e9s, des bourgades escarp\u00e9es, des sentiers poussi\u00e9reux plut\u00f4t que des routes asphalt\u00e9es\u2026 Et \u00e7a montait et \u00e7a descendait. On marchait pour aller travailler aux champs, pour aller \u00e0 la foire, pour aller \u00e0 la messe, pour aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, bien souvent le soir, dans un village plus lointain. On marchait \u00e0 l&rsquo;occasion des f\u00eates paroissiales. \u00c0 l&rsquo;occasion des processions, des mariages et des cort\u00e8ges fun\u00e8bres. Et pour aller travailler, plus loin toujours, dans les campagnes o\u00f9 l&rsquo;on avait besoin de bras\u2026 garder des troupeaux, faire les semailles les r\u00e9coltes, pour servir \u00e0 la ville comme servante. Les hommes marchaient pour les m\u00eames raisons, et parfois pour l&rsquo;arm\u00e9e. Bref, ce que \u00e7a pouvait marcher\u2026 donc des chaussures en caoutchouc, quand il y en avait, c&rsquo;\u00e9tait bien.<\/p>\n<p>Les fameuses portugaises bien droites, mollets rondelets et muscl\u00e9s, et hop, \u00e7a s&rsquo;\u00e9lance dans les villages, dans les villes\u2026 On marche loin pour pouvoir vivre. On va se louer ou on est \u00ab\u00a0plac\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 la ville. On y va \u00e0 pied et, quand on est maltrait\u00e9 dans une maison de bourgeois ou de paysans plus ais\u00e9s, on repart. On revient \u00e0 pied.<\/p>\n<p>Parfois il peut y avoir une carriole, un \u00e2ne qui s&rsquo;arr\u00eate sur le bord du chemin. Rarement une voiture. De toute fa\u00e7on est-ce qu&rsquo;une voiture se serait arr\u00eat\u00e9e pour prendre quelqu&rsquo;un au bord d&rsquo;une route, une femme, un gamin, un homme aux pieds crevass\u00e9s, aux chaussures plus d\u00e9fonc\u00e9es que le maigre asphalte\u2026 Vous le faites vous aujourd&rsquo;hui\u00a0? Alors pourquoi les quelques nantis qui avaient des voitures autrefois dans ces coins-l\u00e0 l&rsquo;auraient-ils fait\u00a0?<\/p>\n<p>Pour aller au Br\u00e9sil autrefois, on marchait, mais aller \u00e0 Lisbonne prendre un bateau, \u00e7a faisait loin. On pouvait peut-\u00eatre prendre un train\u2026 jusqu&rsquo;au train on marchait. Sur le quai, on pi\u00e9tinait. Et paf, travers\u00e9e de trois semaines, o\u00f9 les pieds tournaient en rond. Ils devaient soudain se demander ce qui pouvait bien leur arriver.<\/p>\n<p>Pour aller d\u00e9nicher le paradis fran\u00e7ais, le pied\u2026 s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de passeport, et bien il y a la marche de nuit jusqu&rsquo;\u00e0 la fronti\u00e8re. \u00c7a faisait un peu de changement car avant c&rsquo;\u00e9tait toute la sainte journ\u00e9e qu&rsquo;on marchait. Le corps devait se reposer le soir pour bien travailler le lendemain. Pas trop tra\u00eener, pas le soir\u2026 on sait jamais les mauvaises pens\u00e9es dans les pieds, dans les mains, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e\u2026 vaut mieux s&rsquo;affaisser.<\/p>\n<p>Donc, le <i>Salto<\/i>. Le pied qui fait le bond. Mais pour faire le bond d&rsquo;un trou ou d&rsquo;une ville du Portugal, nord centre sud, jusqu&rsquo;\u00e0 une ville, un bidonville ou un village fran\u00e7ais, nord centre sud, et bien il fallait non pas prendre son souffle pour sauter, mais faire des petits pas sans cesser, pas de loup, pas feutr\u00e9s pour pas se faire remarquer. Le pas pas. D\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de bottes de 7 lieues mais des chaussures en plus ou moins bon \u00e9tat. Vous avez regard\u00e9 les chaussures de ceux qui n&rsquo;en ont qu&rsquo;une paire pour marcher, et qui ne font que tourner en rond dans une ville\u00a0? Donc, le \u00ab\u00a0salto\u00a0\u00bb. Des tas de passages clandestins. Nos parents, des amis, des r\u00e9cits, des films nous racontent les m\u00eames histoires, et ce n&rsquo;est jamais la m\u00eame histoire car c&rsquo;est celle d&rsquo;un homme, d&rsquo;une femme. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un corps qui a deux pieds pour aller de l&rsquo;avant. Mon p\u00e8re a r\u00e9ussi \u00e0 passer en France \u00e0 sa troisi\u00e8me tentative. Il m&rsquo;a dit que lors de la premi\u00e8re, un homme avait fait une mauvaise chute dans la nuit. La cha\u00eene humaine s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e en entendant son cri suivi de g\u00e9missements. Le passeur est venu dire aux hommes que le bless\u00e9 ne pourrait plus marcher, qu&rsquo;il avait d\u00fb se casser quelque chose, qu&rsquo;on allait le ramener. Mon p\u00e8re se doutait-il de ce qui me semble \u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 : jamais le passeur ou l&rsquo;un de ses comp\u00e8res n&rsquo;allaient ramener cet homme.\u00a0 Des histoires pareilles devaient pousser \u00e0 faire attention o\u00f9 l&rsquo;on mettait les pieds. Pas de tristesse ni d&rsquo;ironie. La vie dans les pieds, puisque c&rsquo;\u00e9tait tous ce que ces hommes avaient\u00a0: des pieds pour pouvoir franchir une fronti\u00e8re et des bras pour travailler. Le reste du corps et de la t\u00eate rest\u00e9s entre, dans cet espace entre un coin portugais et un coin fran\u00e7ais. En suspens, \u00e0 faire le grand \u00e9cart, \u00e0 aller et venir, dans l&rsquo;espoir, le souvenir, le d\u00e9sir.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas que des pieds qui ne cessent de marcher sur des sentiers, sur des rochers, dans l&rsquo;herbe\u00a0; des pieds qui se ramassent sur le corps dans des camions \u00e0 bestiaux ou qui restent pos\u00e9s, bien muets, dans des wagons. Que devaient penser les yeux et les corps en arrivant enfin devant les Pyr\u00e9n\u00e9es\u00a0? L\u00e0, il arrivait encore que certains se fassent prendre par les carabiniers espagnols.<\/p>\n<p>Enfin, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de bien retenir son souffle pour s&rsquo;\u00e9lancer, certains passent\u00a0: \u00e0 pied\u00a0; avec un peu de barque, le corps mouill\u00e9\u00a0; avec un peu de camion, le corps ploy\u00e9\u00a0; avec un peu de train, le coeur serr\u00e9. Le mouvement incessant. Jamais en repos le corps.<\/p>\n<p>Et puis il y a le voyage en bus. Il y a encore des tas de voyages en bus, France Portugal France. Je ne peux rien raconter. Je n&rsquo;ai l&rsquo;ai fait qu&rsquo;une fois pour venir en France avec ma m\u00e8re et mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9. Aucun souvenir. Je suis all\u00e9e pourtant porte de Charenton d&rsquo;o\u00f9 partaient et arrivaient les autocars. J&rsquo;en vois maintenant pr\u00e8s de la place Clichy. Bien modernes. Je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de toujours m&rsquo;arr\u00eater pour regarder, pour tenter de comprendre qui sont ces enfants port\u00e9s dans des bras, ces femmes, ces hommes, ces ballots\u2026 qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il y a dedans? O\u00f9 vont-ils comme \u00e7a\u2026 Mais je ne sais pas grand chose des voyages en car. \u00c0 d&rsquo;autres de les raconter.<\/p>\n<p>Parfois, en lisant une information sur les autocars trop charg\u00e9s, les chauffeurs pouss\u00e9s par les compagnies \u00e0 aller trop rapidement, ces routes essouffl\u00e9es entre un point et un autre\u2026 je me demande : et comment c&rsquo;\u00e9tait avant\u2026 et je pense \u00e0 toute l&rsquo;organisation\u2026 Aller jusqu&rsquo;au point de d\u00e9part, comment on y allait si on \u00e9tait si charg\u00e9. Des tas d&rsquo;amis qui devaient venir vous aider \u00e0 transporter des sacs, des valises, des paquets ficel\u00e9s, des bonbonnes de vin, des paniers avec la nourriture pour le voyage. Et on imagine, on imagine. Et au retour, encore de la famille ou des amis qui vous aident \u00e0 retirer les sacs, les valises, les cartons, les bonbonnes, des trucs et des tas de trucs. Un mois plus tard, c&rsquo;est reparti dans l&rsquo;autre sens.<\/p>\n<p>Et puis il y a eu le train. Je l&rsquo;ai fait oui, mais bien plus tard. J&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 adolescente. De la gare d&rsquo;Austerlitz, peu de souvenirs\u00a0; de Coimbra B, ou de Santa Apol\u00f4nia, peu de souvenirs. Je me souviens seulement des familles sur les quais, des sacs qui naissaient de la terre un peu partout, des gosses, des paniers pour les repas\u2026 Je me souviens de ce brouhaha \u00e0 la fronti\u00e8re o\u00f9 il fallait changer de train \u00e0 cause des fameux rails ib\u00e8res. De la pr\u00e9cipitation, des craintes et de cet \u00e9tat de f\u00e9brilit\u00e9 car on avan\u00e7ait, on allait vers la destination d\u00e9sir\u00e9e comme si on se glissait dans un secret\u2026 Je me souviens que soudain le train en Espagne devenait tr\u00e8s lent. Qu&rsquo;il s&rsquo;arr\u00eatait sans cesse dans les endroits o\u00f9 l&rsquo;on ne voyait personne. Que l&rsquo;on attendait tr\u00e8s longtemps arr\u00eat\u00e9s sur une voie avant de voir un train surgi du n\u00e9ant enfin croiser notre voie et repartir vers le m\u00eame n\u00e9ant\u2026 Terres espagnoles sans fin, sans \u00e2me qui vive.\u00a0 Dans mon wagon, Jacinto un vieux portugais m&rsquo;a racont\u00e9 qu&rsquo;il rentrait \u00e0 l&rsquo;improviste\u00a0: sa fille allait se marier, il ne voulait pas, alors il avait cess\u00e9 de donner des nouvelles. Mais enfin, elle allait avoir un enfant, alors il rentrait \u00e0 l&rsquo;improviste. Il buvait et offrait des bouch\u00e9es de son repas, passait dans le wagon d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 parler avec d&rsquo;autres Portugais solitaires. Buvait, chantait, revenait, offrait son repas, jetait une canette par la fen\u00eatre, repartait chanter, s&rsquo;enivrait et s&rsquo;agitait sans savoir o\u00f9 mettre les pieds. Il me racontait sa vie. Des allers et retours, en fait il ne parlait que de \u00e7a. Les siens rest\u00e9s l\u00e0-bas, la vie qui se faisait sans lui et sa fille engross\u00e9e, et lui enrag\u00e9. Lui rest\u00e9 ici, mais un \u00ab\u00a0ici\u00a0\u00bb qui est un \u00ab\u00a0o\u00f9 \u00e7a\u00a0?\u00a0\u00bb. Et il pestait car, dans notre train, il avait selon lui des tas de va-nu-pieds. C&rsquo;\u00e9tait les touristes allemands qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, d\u00e9ferlaient sur le Portugal. Des jeunes \u00e0 sandalettes orthop\u00e9diques, des sortes de birkenstock qui, alors, ne faisaient pas fureur. Le tourisme ne les aimait pas trop, car ces pieds nus n&rsquo;avaient pas un rond, alors vous parlez de touristes\u2026 C&rsquo;est vrai que quand on rentre, pour montrer que la vie va bien, on est chauss\u00e9, et bien. De toutes fa\u00e7ons, on fait toujours attention \u00e0 ce que vous portez aux pieds. \u00c7a en dit long. Plus long que vos mains, des mains d&rsquo;ouvriers, de femmes de m\u00e9nage, des mains de gens qui n&rsquo;arr\u00eatent pas de s&rsquo;activer. Les mains portent des traces, celles des pieds on essaie de les masquer sous des chaussures qui ne sont plus en caoutchouc.<\/p>\n<p>Et maintenant il y a l&rsquo;avion Tap, Air France, Nouvelles Fronti\u00e8res, Air Luxor et des tas d&rsquo;autres coucous pour les d\u00e9nicheurs d&rsquo;affaires. C&rsquo;est simple, il faut juste avoir la bonne circulation ou les chaussures d\u00e9lac\u00e9es pour ne pas que les pieds soient gonfl\u00e9s. Mais c&rsquo;est fou ce que des pieds arr\u00eat\u00e9s, qui vous filent quand m\u00eame des fourmis dans les jambes, vous m\u00e8nent loin en deux heures quarante. Loin derri\u00e8re\u00a0? Encore que\u2026 les a\u00e9roports portugais ne desservent pas tous les coins dont des tas de gens sont partis \u00e0 pied.<\/p>\n<p>Mais en attendant, pendant des ann\u00e9es et aujourd&rsquo;hui encore, cette fameuse voiture que ne poss\u00e9daient que le cur\u00e9 du village, le \u00ab\u00a0doutor\u00a0\u00bb local ou un touriste ou voyageur de passage, est devenue la propri\u00e9t\u00e9 des voyageurs portugais. L\u00e0, la vie a chang\u00e9. La voiture pour prouver qu&rsquo;on pouvait voyager, aller et venir. La voiture des vacances demanderait un roman. La voiture a remplac\u00e9 la b\u00eate pr\u00e9cieuse que l&rsquo;on soignait dans l&rsquo;\u00e9table &#8211; l&rsquo;\u00e2ne ou le boeuf (on n&rsquo;a jamais parl\u00e9 de cheval). On l&rsquo;astique, on la brique, on la nourrit, on regarde si elle toussote, si le coeur va pas l\u00e2cher et vous laisser en rade. On la prot\u00e8ge m\u00eame du soleil au Portugal\u00a0!<\/p>\n<p>En voiture\u2026 pour moi une longue route qui commen\u00e7ait au pied d&rsquo;une tour, dans une ville, sur l&rsquo;asphalte, \u00e0 l&rsquo;aube, tr\u00e8s t\u00f4t en juillet ou en ao\u00fbt, pour finir le lendemain, parfois tard, dans un village d\u00e9peupl\u00e9 en terre battue.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re qui arrangeait la voiture, les enfants qui aidaient \u00e0 descendre les affaires, la m\u00e8re qui tentait de ranger au mieux les valises et les paquets. Et tout le monde, excit\u00e9, de pester\u00a0: phrase fameuse \u00ab\u00a0on dirait que les valises sont en train de na\u00eetre sous nos pieds\u2026 \u00e7a va donc jamais finir ce chargement\u00a0\u00bb. Mais quelle dr\u00f4le d&rsquo;excitation\u2026 celle des voyages, du grand saut anim\u00e9, de l&rsquo;aventure\u2026 On ne voulait pas penser aux milliers de kilom\u00e8tres \u00e0 avaler, aux routes, aux embouteillages, \u00e0 la fatigue. Enfin on embarquait. La carte d\u00e9ploy\u00e9e, liste des villes de la Nationale 10 : Chartres, Tours, Angoul\u00eame, Poitiers, Bordeaux, Biarritz, Hendaye, Irun\u2026 Espagne. La fameuse nationale 10 alors que la France chantait plut\u00f4t la nationale 7. Pas de chanson ni de film pour la 10. Dommage. Il y avait bison fut\u00e9 et des itin\u00e9raires bis que personne ne voulait vraiment suivre car cela \u00e9loignait trop du but, et puis on avait peur de s&rsquo;\u00e9garer. Quand on a une liste de villes \u00e0 suivre \u00e0 la lettre et des panneaux \u00e0 ne pas manquer, les d\u00e9viations font peur. Il faut faire tr\u00e8s attention\u00a0: lire les panneaux, bien saisir les indications, tout ce monceau de signes fran\u00e7ais dont les Portugais n&rsquo;ont jamais eu grand chose \u00e0 faire. Jusqu&rsquo;\u00e0 encore tr\u00e8s r\u00e9cemment un panneau de signalisation portugais, m\u00eame dans une grande ville, c&rsquo;\u00e9tait une aubaine. Une chose vraiment rare, comme si les Portugais aimaient les jeux de piste ou exigeaient l&rsquo;achat d&rsquo;une carte routi\u00e8re personnelle\u2026 et encore. Normal, les pieds portugais connaissent sans doute le chemin de la maison. Pas besoin de pancartes chez eux.<\/p>\n<p>La campagne fran\u00e7aise d\u00e9filait, les voitures suivaient. Yeux du conducteur riv\u00e9s sur la route, le niveau d&rsquo;essence. Des voitures devant derri\u00e8re \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Longtemps aussi charg\u00e9es que celle qui nous portait. Porte-bagages d\u00e9bordant\u2026 papa et maman devant, enfants derri\u00e8re, voiture un peu tass\u00e9e, sourires ou tensions quand on double, crainte de rater la bonne bifurcation, peur d&rsquo;un bouchon trop long, crainte de la panne ou de quelque chose dont il vaut mieux ne pas parler\u2026 la route des vacances. C&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;ai remarqu\u00e9 que la campagne fran\u00e7aise, ces grandes \u00e9tendues entre des villes aimaient les peupliers, ces grandes all\u00e9es efflanqu\u00e9es qui d\u00e9filaient, des arbres que l&rsquo;on pouvait s&rsquo;amuser \u00e0 compter pour se donner l&rsquo;impression d&rsquo;avancer. Des tas de villes pittoresques. Et puis cette longue procession qui traversait des coins qui avaient quand m\u00eame l&rsquo;air parfois sinistre. On imaginait ces villes coup\u00e9es par la nationale 10. Cela devait \u00eatre dangereux et \u00e9puisant de passer d&rsquo;un trottoir \u00e0 l&rsquo;autre au moment des vacances. Aujourd&rsquo;hui on prend l&rsquo;autoroute. Bien plus rapide. On ne voit pas les villes et ces joyaux du patrimoine fran\u00e7ais juste entrevus\u00a0: une cath\u00e9drale, une Loire, un ch\u00e2teau, un go\u00fbt de vieille ville, un site, un point de vue\u2026 de toute fa\u00e7on, on n&rsquo;en avait d\u00e9j\u00e0 rien \u00e0 faire\u00a0: le corps \u00e9tait enti\u00e8rement tendu vers un coin paum\u00e9 dans un ailleurs et qui \u00e9tait tout. Aujourd&rsquo;hui c&rsquo;est pareil, et les panneaux sur l&rsquo;autoroute aux abords des villes vous disent tout ce que vous auriez pu avoir envie de savoir (ch\u00e2teau de tel si\u00e8cle, trucmuche et sa cath\u00e9drale, et untel qui est n\u00e9 l\u00e0, rayonnante beaut\u00e9 et anciennet\u00e9\u2026). Toujours pas besoin de s&rsquo;arr\u00eater ou de faire un d\u00e9tour, il suffit de lire. Vite bien s\u00fbr pour aussit\u00f4t oublier.<\/p>\n<p>On s&rsquo;arr\u00eatait peu souvent. Sans doute aujourd&rsquo;hui les aires d&rsquo;autoroute permettent-elles de le faire davantage. Une halte, le corps se d\u00e9tend, les pieds font quelques pas\u2026 et hop, l\u00e0 au bord de la route ou, si on est chanceux, dans un coin plus en retrait, on d\u00e9fait le panier repas. Non pas de sandwichs, des vrais repas comme \u00e0 la maison. On mange, c&rsquo;est sacr\u00e9. Le repas c&rsquo;est important, il suffit de voir \u00e0 quel point aujourd&rsquo;hui encore au Portugal, les gens activent leurs mandibules \u00e0 toute heure de la journ\u00e9e. Et puis c&rsquo;est quand m\u00eame pour manger, ou mieux manger, que des tas de gens sont partis. On va pas snober un repas\u2026 pas fous. M\u00eame si la pause est rapide car\u2026 c&rsquo;est reparti\u2026 et les peupliers, et les arbres, et les visages ahuris des Fran\u00e7ais pos\u00e9s sur les bords des villes \u00e0 regarder les voitures charg\u00e9es\u2026 et les visages tout aussi fugitifs et abrutis de ceux roulant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des voitures. Des visages dont on pouvait s&rsquo;imaginer la vie le temps d&rsquo;un instantan\u00e9 de nationale 10.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 Bordeaux, c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s long. Et puis les Landes apportaient d\u00e9j\u00e0 un air de vacances. Je suis s\u00fbre que les Landes rappelaient d\u00e9j\u00e0 que la fronti\u00e8re n&rsquo;\u00e9tait pas loin, donc le Portugal pas loin, parce que l&rsquo;Espagne, on ne voulait m\u00eame pas y penser. Une amie me disait que, d\u00e8s Bordeaux, sa soeur et elle \u00f4taient leurs chaussures et enfilaient leur maillot de bain.<\/p>\n<p>Et pourtant on les voyait les changements de paysage, on remarquait quand m\u00eame que la France \u00e9tait tr\u00e8s grande, tr\u00e8s \u00e9tir\u00e9e, tr\u00e8s diff\u00e9rente. Mais seuls le Pays Basque et les Pyr\u00e9n\u00e9es faisaient na\u00eetre une sorte de respect. Etait-ce la proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re\u00a0? Etaient-ce les souvenirs des passages, des \u00ab\u00a0saltos\u00a0\u00bb, la peur des uniformes, m\u00eame si cette fois tout \u00e9tait en r\u00e8gle\u00a0? Le barrage des Pyr\u00e9n\u00e9es. Les voitures montaient plus lentement. La fronti\u00e8re, les voitures qui s&rsquo;arr\u00eatent\u2026 mais les douaniers \u00e0 l&rsquo;aller, fatigu\u00e9s, ne faisaient que lever le bras pour faire passer. Allez, allez faites passer, roulez. Allez, allez roulez, disparaissez\u2026 De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait diff\u00e9rent. Coup d&rsquo;oeil inquisiteur des douaniers espagnols avec leur uniforme amusant. Enfin, pour des enfants. Cet uniforme devait sans doute raviver des souvenirs diff\u00e9rents chez bien d&rsquo;autres personnes.<\/p>\n<p>Quel est le nom de la nationale espagnole que les voitures portugaises traversaient pour aller, par exemple, jusqu&rsquo;\u00e0 Vilar Formoso ? Pas la moindre id\u00e9e. L\u00e0 encore, un chapelet de noms de villes grandioses : Vitoria, Burgos, Valladolid\u2026 Salamanque. Et on s&rsquo;en foutait. Il fallait seulement arriver \u00e0 un but pour aussit\u00f4t penser au suivant. Quand une carte annon\u00e7ait les kilom\u00e8tres \u00e9normes qui, peu \u00e0 peu, s&rsquo;amenuisaient et qu&rsquo;on touchait la pr\u00e9sence d&rsquo;une ville, aussit\u00f4t on guettait le panneau qui annon\u00e7ait la prochaine\u2026 Mais l&rsquo;Espagne, c&rsquo;\u00e9tait immense. C&rsquo;\u00e9tait vraiment immense. \u00c7a n&rsquo;en finissait pas. Des villes soudain \u00e9mergeaient, comme un mirage, hi\u00e9ratiques, et on ne les regardait pas\u2026 On ne voyait que des routes qui n&rsquo;en finissaient pas, des champs, des plaines, des collines et des <i>sierras<\/i> o\u00f9 tr\u00f4nait le fameux taureau espagnol. La vraie pancarte de l&rsquo;Espagne. Je ne comptais plus les arbres, je comptais les taureaux. Je regardais leurs quatre jambes solidement plant\u00e9es au loin. Pour \u00e7a, ils \u00e9taient plant\u00e9s, solides, hi\u00e9ratiques, indiff\u00e9rents \u00e0 la multitude de voitures qui traversaient leur territoire en \u00e9t\u00e9. Je les trouvais plut\u00f4t majestueux, gardiens des immensit\u00e9s, \u00e0 gouverner le vide. Ils avaient fi\u00e8re allure. Et puis il faisait chaud et \u00e7a n&rsquo;en finissait pas. Il m&rsquo;arrivait de penser que si on tombait en panne, on resterait l\u00e0, oubli\u00e9s, tant le vide poussait. On essayait de ne pas s&rsquo;arr\u00eater en Espagne. Des g\u00e9n\u00e9rations de Portugais se sont sans doute efforc\u00e9es de ne pas vraiment s&rsquo;arr\u00eater en Espagne, de ne pas voir que l&rsquo;Espagne \u00e9tait un pays. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 qui faisait la travers\u00e9e en s&rsquo;arr\u00eatant le moins possible. Alors t&rsquo;as mis combien de temps pour faire le voyage ? \u2026 Tant que \u00e7a? Ah moi, j&rsquo;ai\u2026 Pourquoi aller si vite en Espagne, ignorer comme \u00e7a qu&rsquo;on \u00e9tait en Espagne ??? Est-ce parce qu&rsquo;on y avait tant march\u00e9\u00a0? Est-ce parce que cette Espagne faisait vraiment sentir ce que l&rsquo;on voulait peut-\u00eatre refuser\u00a0: qu&rsquo;il y avait un corps qui vivait \u00e9tir\u00e9 entre deux pays que l&rsquo;on aimait, o\u00f9 l&rsquo;on vivait, qu&rsquo;il \u00e9tait difficile de joindre les deux bouts de ce corps pour qu&rsquo;il soit enfin un, en repos, en paix, tranquillis\u00e9\u2026 Unir.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fronti\u00e8re France-Espagne, le corps \u00e9tait donc tendu vers l&rsquo;autre fronti\u00e8re, la seule vraie\u00a0; les yeux \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 l\u00e0-bas, l&rsquo;Espagne ras\u00e9e, balay\u00e9e\u2026 mais les pieds tra\u00eenaient, oui, m\u00eame si la t\u00eate allait de l&rsquo;avant. Je me souviens pourtant si bien de Salamanque\u2026 on arrivait souvent \u00e0 l&rsquo;heure de la messe, ou, si on avait subi un m\u00e9chant embouteillage, \u00e0 l&rsquo;heure de la promenade\u2026 les gens marchaient fl\u00e2naient, cela semblait si gai, si d\u00e9tendu. Que devaient penser ces promeneurs devant ce d\u00e9fil\u00e9 de voitures\u00a0? Tous ces Portugais qui couraient vers le Portugal sans sortir de la voiture. Pourtant, souvent avant la fronti\u00e8re, on s&rsquo;arr\u00eatait. La pause Ciudad Rodrigo. Et \u00e0 la fronti\u00e8re on s&rsquo;arr\u00eatait vraiment. Vilar Formoso. Pause pieds, achats\u2026 soudain cette fameuse fronti\u00e8re qui l\u00e0, oui, existait pour aussit\u00f4t s&rsquo;\u00e9vanouir\u2026 Des cadeaux. D\u00e8s qu&rsquo;on franchissait ce seuil, on \u00e9tait vraiment ailleurs. C&rsquo;est vrai que tout changeait comme par enchantement. La terre devenait autre, le paysage prenait abruptement un autre visage et l&rsquo;air surtout \u00e9tait diff\u00e9rent. Cette soudaine odeur de l&rsquo;air, si diff\u00e9rent de tous les autres, familier, accueillant, plus chaud et enla\u00e7ant\u2026 c&rsquo;est vrai et c&rsquo;est la chose la plus bizarre qui soit.<\/p>\n<p>\u00c0 partir de l\u00e0, les routes n&rsquo;\u00e9taient plus du tout droites, les routes portugaises autrefois n&rsquo;\u00e9taient pas du tout soign\u00e9es\u2026 mais m\u00eame si on \u00e9tait encore loin de la maison natale, on \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Arriv\u00e9s. Une fontaine, dans un coin, et on s&rsquo;arr\u00eate et on se lave, on se lave les mains, le visage et les pieds. Faut arriver propres et gais.<\/p>\n<p>En arrivant, pr\u00e8s du village, pendant tr\u00e8s longtemps, il fallait faire attention\u00a0: les routes qui s&rsquo;enchev\u00eatraient\u2026 et puis pour arriver au hameau, pas vraiment de route \u2026 de grosses caillasses sur des sentiers trac\u00e9s pour des carrioles et des marches \u00e0 pied. Certains villages portugais ont d\u00fb enfin conna\u00eetre ce que c&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une route gr\u00e2ce au d\u00e9part \u00e0 pied de tant de gens. Pieds pos\u00e9s pendant un mois. Je crois qu&rsquo;ils ne l&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 en \u00e9ventail. Il fallait voir la famille, refaire les parcours de l&rsquo;enfance, revoir les champs plus ou moins abandonn\u00e9s\u2026 refaire l&rsquo;ailleurs, l&rsquo;autrefois.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dr\u00f4le tout \u00e7a.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, une Europe et des fronti\u00e8res abolies sur le papier et toujours davantage de gens qui marchent, qui voyagent en train, bus, voitures, avion, navire pour aller et venir, vivre, travailler, se sentir libre, \u00e9chapper \u00e0 la mort ou \u00e0 la mis\u00e8re.<\/p>\n<p>Une Europe, une France o\u00f9 pour des tas de gens il est plus difficile de venir que d&rsquo;aller sur la lune. Aller donc obtenir un passeport si vous n&rsquo;\u00eates pas europ\u00e9en\u2026 plut\u00f4t s&rsquo;inscrire sur la liste d&rsquo;attente d&rsquo;une prochaine navette spatiale, l\u00e0 il doit y avoir de la place.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, des gens qui s&rsquo;accrochent aux pieds des avions\u2026 Qui meurent \u00e9touff\u00e9s, cach\u00e9s dans des camions pour passer\u2026 pour aller vivre mieux ailleurs. Qui se noient en mer, sur des barques ou des bateaux surcharg\u00e9s et toujours clandestins, dans la nuit pour passer\u2026 pour aller vivre mieux ailleurs.<\/p>\n<p>Dans nos rues, des gens qui marchent, qui ne font que marcher toute la journ\u00e9e. Certains n&rsquo;ont pas de chaussures. D&rsquo;autres ont l&rsquo;air soign\u00e9s mais si vous regardez leurs pieds, vous verrez des chaussures qui font triste mine\u2026 dans la ville, il y a toujours le d\u00e9placement, le voyage et l&rsquo;exil.<\/p>\n<p>Pas de note triste, non.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le voyage et le pas qu&rsquo;il faut faire pour \u00eatre debout. Pour aller de l&rsquo;avant, pour aller vers, pour simplement d\u00e9sirer. Je n&rsquo;aime pas l&rsquo;expression fran\u00e7aise \u00ab\u00a0\u00eatre b\u00eate comme ses pieds\u00a0\u00bb, car c&rsquo;est ce qu&rsquo;il y a de plus intelligent, non ? Ils nous permettent d&rsquo;aller quelque part, de danser et de sauter. Et puis on peut les toucher de la main comme le font les enfants. Les petits s&rsquo;amusent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 toucher leurs pieds quand ils ne peuvent pas encore marcher. Les pieds disent des tas de choses\u2026 autant que des mains, lignes de vie sur la terre, qui permettent de toucher et de respirer.<\/p>\n<p>Ilda Mendes dos Santos &#8211; septembre 2005<!--:--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Allez voyage pas \u00ab On multiplie ses pas pour avoir plus de terre \u2026 On bouge et le monde trouve son assise. Il suffit d&rsquo;un pas pour que le monde commence.\u00a0\u00bb, J.-L. Giovannoni Ma m\u00e8re me disait, qu&rsquo;enfant, ses chaussures c&rsquo;\u00e9taient des sabots ou des chaussures noires taill\u00e9es dans du caoutchouc. Et c&rsquo;\u00e9tait heureux d&rsquo;avoir &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=947\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;<!--:fr-->Allez voyage pas &#8211; par Ilda Mendes dos Santos<!--:--><!--:pt-->Allez voyage pas &#8211; par Ilda Mendes dos Santos<!--:-->&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":999,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[74],"tags":[80],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/947"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=947"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/947\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/999"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=947"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=947"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=947"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}