{"id":951,"date":"2014-02-04T13:06:49","date_gmt":"2014-02-04T12:06:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memoria-viva.fr\/?p=951"},"modified":"2014-03-18T12:02:16","modified_gmt":"2014-03-18T11:02:16","slug":"hendaye-frontiere-par-gloria-da-silva","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memoria-viva.fr\/mv2-archives\/?p=951","title":{"rendered":"<!--:fr-->Hendaye, fronti\u00e8re &#8211; par Gl\u00f3ria da Silva<!--:--><!--:pt-->Hendaye, fronti\u00e8re &#8211; par Gl\u00f3ria da Silva<!--:-->"},"content":{"rendered":"<p><!--:fr--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hendaye, fronti\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa belle mer bleue, je l\u2019ai aper\u00e7ue pour la premi\u00e8re fois le 16 juillet 1972. Je ne connaissais pas encore son nom. Le train s\u2019arr\u00eata l\u00e0. Plus de mer bleue par la fen\u00eatre du train. La gare d\u2019Hendaye m\u2019ordonnait de descendre. Contr\u00f4le des passeports. Le \u00a0blanc immacul\u00e9 des blouses au\u00a0\u00a0 contr\u00f4le sanitaire. Et nous, tous align\u00e9s les uns derri\u00e8re les autres. Des inconnus parlant une langue inconnue. Des fonctionnaires de l\u2019ONI, charg\u00e9s de l\u2019accueil aux portes de la France. De la France et du fran\u00e7ais partout autour de moi. Mon plus long voyage en train, mon voyage d\u2019\u00e9migration. Le train roulait d\u00e9j\u00e0 depuis des centaines de kilom\u00e8tres en terre \u00e9trang\u00e8re. Mais c\u2019est l\u00e0, \u00e0 Hendaye, que je quittai r\u00e9ellement mon pays natal. V\u00e9rifications. \u00ab\u00a0Le titulaire de ce passeport a satisfait aux obligations relatives \u00e0 l\u2019immigration, en application de la Convention Franco-Portugaise du 31 D\u00e9cembre 1963. Il est b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019une autorisation de groupement familial. Porto \u2013 14.07.72 \u2013 R\u00e9publique Fran\u00e7aise &#8211;\u00a0 Office National d\u2019Immigration\u00a0 (l\u2019ONI)\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Transbordement. Des valises bien ficel\u00e9es, des sacs d\u00e9bordant de tout, des enfants tra\u00eenants de fatigue, une foule d\u00e9sordonn\u00e9e de passagers novices, enfin des voyageurs atterrissant sur la lune. Le train pour Paris \u2013 Austerlitz se tenait, pr\u00eat, sur le quai en face. Entre lui et nous un haut grillage. Nous avons suivi le mouvement qui s\u2019engageait dans un souterrain. Au bout du tunnel mon p\u00e8re m\u2019envoya devant, rep\u00e9rer le wagon et r\u00e9server les places. A qui dire ma peur de me perdre\u00a0? Et dans quelle langue\u00a0? C\u2019est l\u00e0, \u00e0 Hendaye, que je quittai d\u00e9finitivement mon enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, j\u2019ai eu souvent l\u2019occasion de revoir cette gare. Dans les deux sens. M\u00eame ambiance de transport de bestiaux que l\u2019on estampille. Et parfois l\u2019air irrespirable du train pour Paris qui entassait le double de passagers. La correspondance rat\u00e9e ne bousculait en rien les horaires fran\u00e7ais. M\u00eame, plus tard, le confort des places couchettes ne nous \u00e9pargnaient pas cette halte forc\u00e9e au seuil des terres de France. Le train reculait un peu dans un\u00a0 toussotement nerveux et disparaissait dans un hangar. Personne ne descend. On montait le tout. Et les essieux redescendaient plus larges ou moins larges, plus espagnols ou plus fran\u00e7ais. Canicules des mois d\u2019ao\u00fbt.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On roule sur la Nationale 10 comme sur des rails. Droite. Plate.\u00a0 Et elle m\u00e8ne aussi \u00e0 Hendaye. A son poste fronti\u00e8re. Longtemps avant, bien avant que la voiture ne ralentisse, je voyais le geste du bras du garde fronti\u00e8re donnant l\u2019ordre de sortir du rang. Injonction au ralenti comme dans un cauchemar. Je listais les motifs possibles. Quatre enfants comptent pour deux passagers\u00a0? Les fesses serr\u00e9es, je cherchais un bout de banquette. Je ne voyais que la suspicion dans le \u00a0regard \u00a0du policier qui d\u00e9visageait\u00a0 \u00a0celui qui ne faisait pas partie de la fratrie. Et voyageait avec de faux papiers. Tampon \u00ab\u00a0sortie\u00a0\u00bb. Tampon \u00ab\u00a0entr\u00e9e\u00a0\u00bb Jamais au poste fronti\u00e8re d\u2019Hendaye on nous demanda d\u2019ouvrir les bagages, de d\u00e9monter les banquettes ou d\u2019avouer que nous transportions plus de deux bouteilles de vin de Porto.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hendaye est une belle ville du pays basque fran\u00e7ais, dit-on. Moi, je vous dis que Hendaye est une gare. Moi, je vous dis que Hendaye est un poste fronti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gloria da Silva \u2013 Novembre 2006<\/p>\n<p><!--:--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hendaye, fronti\u00e8re Sa belle mer bleue, je l\u2019ai aper\u00e7ue pour la premi\u00e8re fois le 16 juillet 1972. Je ne connaissais pas encore son nom. Le train s\u2019arr\u00eata l\u00e0. Plus de mer bleue par la fen\u00eatre du train. La gare d\u2019Hendaye m\u2019ordonnait de descendre. Contr\u00f4le des passeports. Le \u00a0blanc immacul\u00e9 des blouses au\u00a0\u00a0 contr\u00f4le sanitaire. 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